Jagannâtha, son temple et Juggernaut

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Dans l'hindouisme, Jagannātha, « Seigneur de l'Univers » (de jagat, le monde, l'univers et nātha, seigneur) est le nom donné à Krishna lorsqu'il est considéré comme la divinité suprême. La divinité, représentée en noir, car c'est la couleur et le nom même de Krishna, est souvent accompagnée par son frère Balarâma, en blanc, et sa sœur Subhadrâ, en jaune. On le trouve aussi écrit Djaggernat.

Un des lieux saints de l'Inde est le temple de Jagannâtha à Purî.

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Temple de Jagannath

Le temple de Jagannath (Oriya: ବଡଦେଉଳ, ଶ୍ରୀମନ୍ଦିର) est un célèbre temple hindouiste dédié à Jagannath et situé dans la ville côtière de Puri capitale de l'état de l'Odisha en Inde. Le nom de Jagannath (=Seigneur de l'Univers) vient du sanskrit Jagat (=Univers) et Nath (=Seigneur).

Le temple est un lieu de pèlerinage hindouiste important, en particulier pour les adorateurs de Vishnu ou de Krishna. Il fait partie du pèlerinage Char Dham que chaque hindou devrait faire une fois dans sa vie. Ce pèlerinage consiste à se rendre dans quatre temples (dont celui-ci) situés aux extrémités de l'Inde. Le temple est sacré pour la tradition Vaishnavite. Le sage Ramananda a été étroitement associé avec le temple.

Le bâtiment principal du temple a été construit vers 1135-1150 sur des éléments existants par le fondateur de la dynastie des Ganga de l'est, le roi Anantavarman Codaganga.

Le temple est célèbre pour son festival annuel du Ratha Yatra pendant lequel les trois principales divinités du temple sont transportées sur d'énormes chars (ratha) richement décorés. C'est une période de ferveur religieuse intense.

Les trois divinités du temple

Le temple abrite une trinité de divinités : Jagannath, Balabhadra (le frère de Krishna) et la déesse Subhadra (demi-sœur de Krishna et épouse d'Arjuna). Selon la saison, elles sont habillées de façon différentes et portent des bijoux spécifiques. Il est possible que le culte de ces divinités provienne d'un sanctuaire tribal antérieur.

Le culte de Jagannath s'est poursuivi jusqu'en 1558, lorsque l'Odisha a été attaqué par le général afghan Kalapahad. Par la suite, quand le roi Ramachandra Deb a créé un royaume indépendant à Khurda en Odisha, les divinités ont été réinstallées et le culte rétabli.

Seuls sont autorisés à entrer dans le temple les hindouistes ou les personnes d'origine indienne. Les visiteurs non autorisés peuvent avoir une vue sur l'enceinte du temple à partir du toit de la bibliothèque Raghunandan qui se trouve à proximité.

Structure

Le temple se trouve dans un complexe approximativement carré de plus de 215 m sur 210 et enclos par un mur fortifié de 6 m de haut et 2 m de large. On trouve environ 120 temples dans cette enceinte.

Le temple comporte quatre constructions distinctes :

La salle de danse et la salle des offrandes ont été construits plusieurs siècles après le cœur du sanctuaire

La tour principale qui coiffe le cœur du sanctuaire est un sikhara en forme de pain de sucre de 63 m de haut, la plus haute de tous les temples de l'Odisha.

Les portes

Le Singhadwara (en sanskrit, la Porte au Lion) est l'une des quatre portes du temple et en constitue l'entrée principale. Il doit son nom aux deux énormes statues de lions accroupis de chaque côté de l'entrée. La porte fait face à l'est et donne sur le Bada Danda (ou grande avenue).

Le Baisi Pahacha est un escalier de 22 marches conduisant au complexe du temple. Une image de Jagannath connue sous le nom de Patita pavana (soit en sanskrit "le sauveur des opprimés et de ceux qui sont tombés") est peint sur le côté droit de l'entrée. À l'époque où les intouchables n'étaient pas autorisés à entrer dans le temple, ils pouvaient prier Patita Pavana. Des statues de Jaya et Vijaya, les gardiens du séjour de Vishnu, se trouvent de chaque côté de la porte .

Au début du festival de Ratha Yatra les statues de Jagannath, Balabhadra et Subhadra sortent du temple par cette porte. À leur retour du temple de Gundicha, ils doivent apaiser la déesse Mahalakshmi, dont la statue est sculptée au-dessus de la porte, pour avoir négligé de l'emmener avec eux pendant la procession. C'est alors seulement que la déesse leur permet de rentrer dans le temple.

Un magnifique pilier monolithique à seize côtés, connu sous le nom de Stambha Arun se trouve devant la porte principale. Ce pilier comporte à son sommet une statue d'Arun, le conducteur du char du dieu Soleil Surya. À l'origine, ce pilier se trouvait dans le Temple du soleil de Konarak. Il a été apporté à Puri par le Maharaja Chattrapati Shivaji pour le sauver de la destruction par les Moghols ou de l'enlèvement par les britanniques.

Les autres entrées portent le nom des animaux qui les gardent : Hathidwara (Porte de l'éléphant) au nord, Vyaghradwara (Porte du tigre) à l'ouest, Ashwadwara (Porte des chevaux) au sud.

Autres sanctuaires

Parmi les autres sanctuaires du complexe et en activité, on trouve le Bimala Shaktipeeth : quand la déesse Satī s'est suicidée et que son corps a été démembré, c'est ici que son pied serait tombé. On trouve aussi les sanctuaires de Mahalakshmi, Uchhista Ganapati (Ganesh), Muktimandap, Surya, Vimala, Sarasvati, Bhuvaneshvari, Narasimha, Rāma Chandra, Hanuman et Shiva-Eshaneshwara.

Les festivals

Le principal festival est celui de Ratha Yatra en juin. Les statues des trois divinités sont installées sur trois énormes chars à baldaquins (rathas) de 10 m de côté et 13 m de haut, portés par 16 roues en bois de 2 m de diamètre et tractés par des milliers de pèlerins. Elles sont emmenées en procession le long du Banda Danda jusqu'au temple de Gundicha, résidence d'été des divinités Le retour a lieu après sept jours.

Ces énormes chariots ont impressionné les premiers européens qui rapportaient aussi le cas de fidèles se suicidant en se jetant sous les roues dans une forme de suicide religieux sati. En fait, il est difficile de savoir s'il s'agissait de suicide ou d'accidents en raison de l'immense foule et de la difficulté à manier ces chariots. Ces chariots ont fait que le nom du temple a fourni le nom anglais de Juggernaut qui désigne une puissance formidable à laquelle on ne peut échapper.

Il existe de nombreux autres festivals annuels ou exceptionnels.

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Juggernaut

Le juggernaut (mot anglais dérivant du nom sanskrit Jagannâtha, en devanagari जगन्नाथ) désigne en anglais, souvent métaphoriquement, une force dont rien ne peut stopper l'avancée et qui écrase ou détruit les obstacles en travers de son chemin. Le mot constitue une référence au Rath Yatra, une procession hindoue à Purî en Inde, durant laquelle on promenait un grand char de procession transportant l'image du dieu Krishna auquel était alors prêté le titre de Jagannâtha, « Seigneur de l'univers ». Des observateurs européens du XIXe siècle ont prétendu que la procession n'hésitait pas à écraser les fidèles qui se trouvaient sur le passage du char, d'où l'usage métaphorique du terme à partir de cette époque. Les observations plus récentes ont montré que cette interprétation était une légende amplifiant des accidents fortuits durant les cérémonies, mais l'usage du terme est resté.

Origine de la légende du juggernaut

Le mot est attesté en anglais dès le XIVe siècle dans les descriptions de la procession données par des voyageurs. Mais il ne prend son sens métaphorique de « force destructrice irrésistible » qu'au XIXe siècle, dans les années 1830-1850, au moment où les missionnaires coloniaux chrétiens, britanniques et français, formulent de violentes critiques à l'encontre des cérémonies propres à l'hindouisme en Inde, et en particulier contre les processions de chars transportant des statues. Les descriptions de cette procession l'associent à toutes sortes d'excès et de comportements indécents et affirment que les adorateurs allaient jusqu'à se jeter volontairement sous les roues du char qui les écrasait. Au début du XXe siècle, cependant, des descriptions plus exactes montrent qu'il s'agit d'une légende, puisqu'en réalité toute mort ou effusion de sang pendant la cérémonie serait considérée comme une souillure. Il est possible que la légende provienne de mauvaises interprétations de simples accidents dus à des mouvements de foule pendant la cérémonie.

Traduction française

En date de 2014, le mot « Juggernaut » n'est pas répertorié par la majorité des dictionnaires de langue française et il n'existe pas de traduction littérale. Le terme est traduit par des périphrases faisant référence au caractère inexorable à la puissance et à la brutalité. L'image du rouleau compresseur est parfois retenue.

On trouve cependant une occurrence de ce terme sous la forme « Jaggernat » à la première page du Père Goriot, le roman d'Honoré de Balzac, écrit en 1834 : « Le char de la civilisation, semblable à celui de l'idole de Jaggernat, à peine retardé par un cœur moins facile à broyer que les autres et qui enraie sa roue, l'a brisé bientôt et continue sa marche glorieuse. ». De même, Baudelaire dans Edgar Poe, sa vie et ses œuvres, la préface aux Histoires extraordinaires (1856), parle de l'« idole de Jaggernaut », dans un sens qui rappelle l'emploi de ce terme en anglais, et peut-être chez Balzac : « On dirait que de l'amour impie de la liberté est née une tyrannie nouvelle, la tyrannie des bêtes, ou zoocratie, qui par son insensibilité féroce ressemble à l'idole de Jaggernaut. »

Anatole France, en 1908, utilise l'orthographe « Jagernat » dans L’Île des Pingouins en comparant l'automobile à une divinité faisant des victimes.

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