Le barattage de l'océan de lait
Durée de lecture estimée : 9 mn
Résumé du chapitre
Ce chapitre rapporte comment la déesse de la fortune apparut durant le barattage de l'océan de lait et comment elle accepta Sri Visnu pour époux. Comme on l'apprend plus loin, quand Dhanvantari apparut avec le pot de nectar, les asuras s'en saisirent immédiatement, mais Sri Visnu apparut sous les traits de l'avatara Mohini, la plus belle femme du monde, afin de captiver les démons et de récupérer le nectar pour les devas.
Après que Siva eut bu la totalité du poison, les devas et les asuras s'armèrent de courage et reprirent le barattage. C'est ainsi qu'apparut tout d'abord une vache surabhi. De grands sages la prirent pour tirer de son lait du beurre clarifié et l'offrir en oblation à l'occasion de prestigieux sacrifices. Après cela apparut un cheval du nom d'Uccaihsrava. Ce cheval fut pris par Bali Maharaja. Puis vinrent Airavata et d'autres éléphants qui pouvaient aller partout, dans toutes les directions, ainsi que leurs femelles. Le joyau connu sous le nom de Kaustubha se manifesta à son tour, et Visnu le plaça sur Sa poitrine. Après cela, une fleur parijata et les Apsaras, les plus merveilleuses femmes de l'univers, furent engendrées. Puis la déesse de la fortune, Laksmi, apparut. Les devas, les grands sages, les Gandharvas et d'autres la vénérèrent avec respect. La déesse de la fortune ne put d'abord trouver personne qu'elle puisse accepter pour époux, mais elle choisit enfin Visnu pour être son maître. Visnu lui conféra une place lui permettant de rester éternellement contre Sa poitrine. Tous ceux qui étaient présents, devas et autres, furent très heureux de l'union de Laksmi et de Narayana. Les asuras, cependant, étant négligés par la déesse de la fortune, se sentirent très déprimés. C'est alors que Varuni, la déesse de la boisson, fut engendrée; sur l'ordre de Visnu, elle fut remise aux asuras. Devas et asuras, avec un regain d'énergie, recommencèrent à baratter. A ce moment-là, une manifestation partielle de Visnu, appelée Dhanvantari, fit son apparition. Il était très beau et il portait une cruche contenant du nectar. Les asuras ravirent immédiatement la cruche des mains de Dhanvantari et s'enfuirent, tandis que les devas, très déprimés, allèrent chercher refuge auprès de Sri Visnu. Lorsque les asuras se retrouvèrent avec la cruche de Dhanvantari en leur possession, ils commencèrent à se battre entre eux. Sri Visnu ayant consolé les devas, ceux-ci, au lieu de se battre, restèrent silencieux. Alors que le combat battait son plein dans les rangs des asuras, le Seigneur Lui-même apparut sous les traits de l'avatara Mohini, la plus belle femme de l'univers.
Verset 1
Sukadeva Gosvami poursuivit:
Devas et asuras, tous très satisfaits du fait que Siva ait bu le poison, se mirent à baratter l'océan avec un regain de vigueur. C'est ainsi qu'apparut une vache surabhi.
Verset 2
O roi Pariksit, de grands sages qui connaissaient parfaitement la science des cérémonies védiques rituelles prirent en charge cette vache surabhi, qui produisait tout le yaourt, le lait et le ghi indispensables à l'offrande d'oblations dans le feu. Ils firent cela uniquement pour obtenir du ghi pur, dont ils avaient besoin pour l'exécution de sacrifices destinés à les élever aux systèmes planétaires supérieurs, jusqu'à Brahmaloka.
Verset 3
Après cela, un cheval du nom d'Uccaihsrava, aussi blanc que la Lune, fut engendré. Bali Maharaja voulut l'avoir et Indra, le roi des cieux, ne protesta pas, comme le lui avait conseillé au préalable Dieu, la Personne Suprême.
Verset 4
Le barattage fit ensuite apparaître le roi des éléphants, nommé Airavata. Cet éléphant était blanc, et de ses quatre défenses il éclipsait la gloire du mont Kailasa, la prestigieuse demeure de Siva.
Verset 5
Après cela, ô roi, apparurent huit grands éléphants qui pouvaient aller dans toutes les directions. Ils avaient à leur tête Airavana. Huit éléphants femelles, menées par Abhramu, furent aussi engendrées.
Verset 6
Ensuite, du grand océan furent créés les célèbres joyaux Kaustubha et Padmaraga. Visnu désira les posséder pour orner Sa poitrine. Fut ensuite créée la fleur parijata, qui décore les planètes célestes. O roi, tout comme tu réponds aux désirs de chacun sur cette planète en comblant toute ambition, la parijata exauce les désirs de tous.
Verset 7
Ensuite apparurent les Apsaras [qui font office de prostituées sur les planètes édéniques]. Elles étaient toutes parées d'ornements et de médaillons en or, habillées de fines et attirantes étoffes. Les Apsaras ont une démarche pleine de grâce, qui trouble les habitants des planètes célestes.
Verset 8
Puis vint la déesse de la fortune, Rama, tout entière vouée au plaisir de Dieu, la Personne Suprême. Brillante comme l'électricité, elle surpassait les éclairs qui illuminent parfois une montagne de marbre.
Verset 9
Du fait de sa beauté exquise, de ses formes, de sa jeunesse, de son teint et de ses gloires, tous —devas, asuras et humains— la désiraient. L'attrait qu'elle exerçait sur eux venait de ce qu'elle est la source de la prospérité.
Verset 10
Le roi des cieux, Indra, offrit à la déesse de la fortune un siège digne d'elle. Toutes les rivières sacrées, comme le Gange et la Yamuna, vinrent sous forme personnifiée apporter à mère Laksmi de l'eau pure dans des récipients d'or.
Verset 11
La Terre devint une personne et ramassa pour elle toutes sortes d'herbes et de plantes médicinales nécessaires à l'installation de la murti. Les vaches lui donnèrent cinq produits: du lait, du yaourt, du ghi, de l'urine et de la bouse, et le printemps personnifié rassembla tous les produits de saison poussant durant les mois de caitra et vaisakha [avril et mai].
Verset 12
Les grands sages accomplirent la cérémonie du bain en l'honneur de la déesse de la fortune conformément aux Ecritures autorisées, les Gandharvas entonnèrent des mantras védiques amenant toute heureuse fortune, et les danseuses professionnelles évoluèrent gracieusement et chantèrent les hymnes autorisés, prescrits dans les Vedas.
Verset 13
Les nuages sous leur forme personnifiée battaient différentes sortes de tambours, tels que des mrdangas, des panavas, des murajas et des anakas. Ils soufflaient aussi dans des conques et des clairons appelés gomukhas, et jouaient de la flûte et des instruments à cordes. Tous ces instruments combinés faisaient une musique retentissante.
Verset 14
Après cela, de grands éléphants venus de toutes les directions portèrent d'énormes cruches pleines d'eau du Gange et baignèrent la déesse de la fortune au son de mantras védiques chantés par des brahmanas érudits. Durant cette consécration, mère Laksmi, une fleur de lotus à la main, gardait sa prestance naturelle et paraissait très belle. La déesse de la fortune est la plus chaste des femmes, car elle ne connaît personne d'autre que Dieu, la Personne Suprême.
Verset 15
L'océan, source de tous les joyaux précieux, présenta les parties supérieure et inférieure d'un vêtement de soie jaune. Le deva-maître de l'eau, Varuna, offrit des guirlandes de fleurs entourées d'abeilles à six pattes, enivrées de miel.
Verset 16
Visvakarma, l'un des Prajapatis, lui donna différentes sortes de parures joliment décorées. La déesse de l'érudition, Sarasvati, lui présenta un collier, Brahma une fleur de lotus, et les habitants de Nagaloka des boucles d'oreilles.
Verset 17
Ensuite, mère Laksmi, la déesse de la fortune, ayant été honorée convenablement par les cérémonies rituelles propitiatoires, commença à marcher çà et là, avec à la main une guirlande de fleurs de lotus entourée d'abeilles bourdonnantes. Souriant avec pudeur, les joues embellies par ses boucles d'oreilles, elle était extrêmement belle.
Verset 18
Ses deux seins, parfaitement égaux et bien placés, étaient oints de pulpe de santal et de poudre de kunkuma, et sa taille était très fine. Lorsqu'elle marchait çà et là, ses clochettes de chevilles tintant doucement, on aurait dit une liane d'or.
Verset 19
Tandis qu'elle marchait parmi les Gandharvas, les Yaksas, les asuras, les Siddhas, les Caranas et les habitants des cieux, Laksmidevi, la déesse de la fortune, les examinait tous avec attention, mais elle ne put trouver personne qui soit naturellement doté de toutes les qualités; aucun d'eux n'étant pur de tout défaut, elle ne put trouver refuge en qui que ce soit.
Verset 20
La déesse de la fortune, considérant l'assemblée, pensa ainsi: "L'un s'est plié à de grandes austérités mais n'a pas encore conquis la colère. L'autre possède la connaissance mais n'a pas vaincu ses désirs matériels. Un autre est une grande personnalité, mais il n'est pas maître de ses désirs concupiscents. Même un personnage important dépend de quelqu'un d'autre. Comment, alors, peut-il être le maître suprême?
Verset 21
L'un est parfaitement versé dans la religion mais n'est pas pour autant bienveillant à l'égard de tous les êtres vivants. Chez un autre, humain ou deva, on peut trouver le renoncement, mais là n'est pas la cause de la libération. D'aucuns possèdent une grande puissance, mais ils demeurent incapables de défier la puissance du temps éternel. D'autres ont renoncé à tout attachement pour le monde matériel, mais ils ne sauraient être comparés à Dieu la Personne Suprême. En conséquence, personne n'échappe complètement à l'influence des attributs de la nature matérielle.
Verset 22
Un être peut avoir la longévité mais ne pas avoir une heureuse destinée ou un bon comportement. Un autre peut avoir à la fois une heureuse destinée et un bon comportement, mais sa durée de vie est incertaine. Bien que des devas comme Siva jouissent de la vie éternelle, ils ont de mauvaises habitudes comme celle de vivre dans des lieux de crémation. Et même si certains ont toutes les qualités, ce ne sont pas des dévots de Dieu, la Personne Suprême.
Verset 23
[Sukadeva Gosvami poursuivit:]
C'est ainsi qu'après mûre réflexion la déesse de la fortune choisit Mukunda pour époux, car bien qu'Il soit indépendant et ne la recherchât pas, Il possède toutes les qualités transcendantales et tous les pouvoirs surnaturels, et Se révèle de ce fait le plus désirable.
Verset 24
S'approchant de Dieu, la Personne Suprême, la déesse de la fortune plaça sur Ses épaules une guirlande de fleurs de lotus toutes fraîches autour de laquelle bourdonnaient des abeilles en quête de miel. Puis, dans l'attente d'obtenir une place sur la poitrine du Seigneur, elle resta debout à Ses côtés, le visage éclairé d'un sourire pudique.
Verset 25
Dieu, la Personne Suprême, est le père des trois mondes, et Sa poitrine est la résidence de mère Laksmi, la déesse de la fortune, propriétaire de toutes richesses. La déesse de la fortune, par son regard miséricordieux et favorable, peut accroître la prospérité des trois mondes, ainsi que celle de leurs habitants et de leurs dirigeants, les devas.
Verset 26
Les habitants de Gandharvaloka et de Caranaloka saisirent alors l'occasion de jouer de leurs instruments de musique, tels que conques, bugles et tambours. Ils se mirent à danser et à chanter avec leurs épouses.
Verset 27
Brahma, Siva, le grand sage Angira et d'autres dirigeants de l'univers répandirent une pluie de fleurs et chantèrent les mantras célébrant les gloires transcendantales de Dieu, la Personne Suprême.
Verset 28
Bénis par le regard de Laksmiji, tous les devas, ainsi que les Prajapatis et leurs descendants, furent immédiatement dotés d'un bon comportement et de qualités transcendantales. Ainsi furent-ils comblés.
Verset 29
O roi, négligés par la déesse de la fortune, les asuras et les Raksasas étaient abattus, désorientés et frustrés, si bien qu'ils perdirent toute pudeur.
Verset 30
Ensuite apparut Varuni, la divinité aux yeux pareils-au-lotus qui règne sur ceux qui s'adonnent à la boisson. Avec la permission de Krsna, le Seigneur Suprême, les asuras, avec à leur tête Bali Maharaja, s'emparèrent de cette jeune fille.
Verset 31
O roi, alors que les fils de Kasyapa, devas et asuras, étaient occupés à baratter l'océan de lait, un être merveilleux apparut.
Verset 32
Il était bien bâti et avait des bras longs, vigoureux et forts; son cou, marqué de trois lignes, ressemblait à une conque; ses yeux avaient un éclat rouge et sa complexion était bleu-noir. Il paraissait très jeune, portait une guirlande de fleurs et était paré de différents ornements.
Verset 33
Il portait des vêtements jaunes et des pendants d'oreilles en perles brillaient à ses oreilles. Les pointes de ses cheveux étaient ointes d'huile et sa poitrine était très large. Son corps avait des formes parfaites, il était vigoureux et fort comme un lion, et il portait des bracelets. Il tenait à la main un pot empli à ras-bord de nectar.
Verset 34
Ce personnage était Dhanvantari, une émanation plénière d'une émanation plénière de Visnu. Il était très versé dans la science de la médecine, et en sa qualité de deva, il lui était permis de prendre une part des sacrifices.
Verset 35
Voyant Dhanvantari qui portait le pot de nectar, les asuras, qui désiraient le pot et son contenu, le dérobèrent immédiatement par la force.
Verset 36
Lorsque les asuras eurent ravi le pot de nectar, les devas furent accablés. Aussi cherchèrent-ils refuge aux pieds pareils-au-lotus de Dieu, la Personne Suprême, Hari.
Verset 37
Quand Dieu, la Personne Suprême, qui désire toujours satisfaire l'ambition de Ses bhaktas, vit que les devas étaient consternés, Il leur dit: "Ne soyez pas attristés. Par Ma propre énergie Je vais jeter la confusion parmi les démons en créant une querelle. De cette façon, Je comblerai votre désir d'obtenir le nectar."
Verset 38
O roi, une querelle s'éleva alors parmi les asuras pour savoir celui qui aurait le nectar en premier. Chacun d'eux disait: "Tu ne peux pas le boire en premier. Moi d'abord; tu te serviras après moi!"
Verset 39-40
Certains des asuras dirent: "Tous les devas ont pris part au barattage de l'océan de lait. Puisque chacun a le même droit de participer à tout sacrifice public, selon la règle religieuse éternelle il convient que les devas reçoivent maintenant une part du nectar." O roi, c'est ainsi que les asuras les plus faibles interdirent aux plus forts de prendre le nectar.
Verset 41-46
Dieu, la Personne Suprême, Visnu, qui peut remédier à toute situation défavorable, apparut alors sous les traits d'une femme d'une extrême beauté. Cette manifestation divine, Mohini-murti, était fascinante. Elle avait la complexion d'un lotus bleu-noir fraîchement éclos, et toutes les parties de Son corps étaient merveilleusement proportionnées. Des boucles d'oreilles encadraient Son visage rayonnant de jeunesse, avec des joues ravissantes et un nez relevé. Sa poitrine épanouie faisait paraître Sa taille très fine. Ses yeux papillotaient du fait des abeilles bourdonnant autour d'Elle, attirées par le parfum de Son visage et de Son corps. Sa magnifique chevelure était décorée d'une guirlande de fleurs mallikas. Son cou, d'une forme très attirante, s'ornait d'un collier et d'autres ornements; Elle portait des bracelets et des clochettes aux chevilles, et Son Corps était paré d'un sari propre. Ses seins ressemblaient à des îles dans un océan de beauté. Le mouvement de Ses sourcils alors qu'Elle souriait avec pudeur et regardait les asuras submergeait ces derniers de désirs concupiscents, et chacun d'eux désirait La posséder.
Copié de SRIMAD-BHAGAVATAM - CHANT 8 - CHAPITRE 8
Point mentionnant l'article
Les enfants, votre intellect le sait mais ce point glisse, vous ne vous en imprégnez pas complètement. Si vous barattiez l’océan de connaissance ne serait-ce que sur un seul point, cela ne se produirait pas. Les êtres humains d’aujourd’hui n’ont même pas autant de bon sens que les animaux. Les animaux (vaches) broutent l’herbe puis elles ne cessent de ruminer. Vous recevez également de la nourriture mais vous ne la mâchez pas tout au long de la journée. Les vaches ne cessent de ruminer tout au long de la journée. Vous êtes en train de recevoir l’herbe de la connaissance.