L'histoire de Satyavatî au parfum musqué
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Le mont avait engendré au sein de la rivière deux jumeaux, et, reconnaissante de sa délivrance, Çouktimatî les envoya au roi.
De ces enfants l’un était mâle ; et le plus vertueux des saints rois, le dompteur d’ennemis, le magnifique Vasou en fit le général de ses armées.
L’autre était une fille, elle se nommait Girikâ, il en fit son épouse. Les jours de son mois arrivés, la jeune reine se baigna, elle se purifia en vue de la conception et fit informer son époux de ce moment propice à l’amour.
Mais ce jour même, ô le plus distingué parmi les êtres doués de l’intelligence, les mânes souriants de ses pères avaient dit à ce plus vertueux des rois : « Va tuer des gazelles ! »
Et le prince, obéissant à cet ordre de ses pères, s’en alla chasser, brûlant d’amour et l’âme toute occupée de Girikâ, qui était douée d’une extrême beauté et semblait une autre Lakshmî, visible aux yeux des mortels.
C’était la saison du printemps. Il arriva dans un bois semblable au jardin d’Indra, tout plein d’açokas, de tchampakas, de nombreux tchoûtas, d’atimouktakas, de karnikâras, de vakoulas aux fleurs roses célestes, de bignonnes à la suave odeur, de cocotiers, de sandals, d’arjounas et d’autres grands arbres délicieux, purs et chargés de fruits savoureux. Les chants des kokilas remplissaient la forêt et les abeilles bourdonnaient, ivres de nectar.
L’amour assiégeait son âme de tous les côtés et nulle part il ne voyait Girikâ. Il promenait çà et là, consumé d’amour, sans la voir, ses pas capricieux.
Il vit un açoka aux longues branches toutes revêtues de fleurs, embelli de jeunes et tendres pousses et caché, pour ainsi dire, sous ses faisceaux de fleurs.
Le monarque s’assit mollement à son pied sous l’ombrage ; et le vent, dont le souffle lui portait le ravissement du parfum des fleurs, mêlé aux senteurs du nectar des calices, lui insinuant de pécher, il cédait à la fascination du plaisir.
Il reprit donc sa marche dans la forêt touffue, et la semence, malgré lui, s’échappa ; mais à peine eut-elle sorti qu’il la recueillit sur la feuille d’un arbre : « Tâchons, se dit-il, qu’elle n’ait pas coulé en vain ! »
« Ta semence ne sortira pas inutilement ! » dit la règle. C’est le jour de mon épouse, celle-ci n’aurait donc pas été vaine !» Ainsi parlait l’auguste promeneur.
Tournant et retournant mainte et mainte fois ces pensées en lui-même, cet excellent roi imagine un moyen, qui puisse remédier au mal.
Le prince, qui n’ignorait pas la vraie nature des choses et connaissait le devoir dans ses parties les plus déliées, voit que le moment presse d’envoyer cette liqueur à son épouse ; il enchante ce fluide ; puis, il s’approche d’un faucon aux rapides ailes, perché près de lui, et dit :
« Ami, rends-moi ce service ; prends ma semence, porte-la à mon palais et donne-la à Girikâ, car ce jour est pour elle celui propre au but du mariage. »
Le faucon prend la feuille, s’envole à tire d’ailes et le rapide oiseau fuit, déployant sa plus grande vitesse.
Un autre faucon vit celui-ci fendre l’air, et, s’imaginant qu’il portait de la nourriture, à peine l’eut-il aperçu qu’il fondit sur lui tout à coup.
Les deux oiseaux se livrent un combat à coups de bec et, pendant ce duel au milieu des airs, la semence tomba dans les eaux de l’Yamounâ.
Là était une Apsara, nommée Adrikâ : elle en parcourait la rivière, depuis que la malédiction d’un brahme avait changé cette nymphe en poisson.
Quand la semence de Vasou échappa à la serre du faucon, Adrikâ, dans sa forme de poisson, se glissa vite dessous et recueillit la substance prolifique.
Un jour, des hommes, qui vivent du poisson, prirent celui-ci dans leurs filets : alors, ô le plus vertueux des Bharatides, on arrivait au dixième mois.
Le poisson ouvert, ils retirent du ventre un couple d’enfants, mâle et femelle. À la vue de cette merveille, ils courent en porter la nouvelle au roi.
« Sire, lui disent-ils, ces deux êtres humains étaient dans le corps d’un poisson. » De ces enfants, le roi Ouparitchara se chargea du mâle,
Qui devint un roi vertueux, attaché à la vérité, qu’on appelait Matsya. La nymphe, délivrée de la malédiction, reprit aussitôt sa forme céleste.
Bralima jadis avait dit à la belle, tombée dans la condition des bêtes : « Quand tu auras mis au jour deux êtres humains, tu seras libérée des chaînes de la malédiction ! »
Après que, par sa mort sous le couteau du tueur de poissons, elle eut enfanté ces jumeaux, elle quitta ses formes de poisson, recouvra sa beauté divine,
Et l’Apsara de nouveau parcourut les routes des Siddhas, des Rishis et des Tchâranas. La jeune Matsyâ, sa fille, à l’odeur de poisson,
Fut donnée par le roi Vasou à certain pêcheur :
« Qu’elle soit ta fille ! » lui dit Ouparitchara. Elle était douée d’intelligence et de beauté ; elle réunissait en elle toutes les qualités.
Satyavatî, c’est ainsi qu’elle se nommait, Satyavatî ne cessait pas d’exhaler en tout temps une senteur de poisson, qu’elle devait à son habitation chez un pécheur ; mais elle avait un charmant sourire.
Paraçara, dans un pèlerinage aux tîrthas, la vit dirigeant sa barque au milieu des eaux pour obéir à son père.
Douée d’une beauté souveraine, qui l’eût fait désirer même des Siddhas, la vue de cette vierge au séduisant sourire enflamma d’amour le sage monarque.
Un éminent solitaire avait dit à cette fille de Vasou, la vierge céleste aux cuisses rondes comme le bananier : « Charmante, veuille bien t’unir avec moi ! »
« Révérend, lui avait-elle répondu, vois ces rishis, qui habitent au fond de la mer : n’est-il pas impossible de cacher à leurs yeux le spectacle de notre union ? »
L’auguste brahme, à ces paroles d’elle, créa un brouillard, grâce auquel tout ce lieu ne fut plus qu’obscurité.
Stupéfaite à la vue de ce prodige, qu’avait opéré le plus grand des saints, la vertueuse jeune fille rougit de pudeur.
Satyavatî lui dit ; « Révérend, considère que je suis une jeune fille, toujours soumise à l’autorité de mon père, et que cette union avec toi, anachorète sans péché, souillerait mon état virginal.
» Ma virginité perdue, comment aurais-je la force, ô le plus grand des brahmanes, de retourner à mon logis ? Je ne pourrais plus y rester, docte rishi !
« Réfléchis bien à cela d’abord ; ensuite, révérend, fais ce qui vient après. » À la jeune fille, qui parlait ainsi, reprit Vaîçampâyana, le plus grand des rishis dit affectueusement : « Après que tu m’auras fait ce plaisir, fille craintive, tu seras encore vierge. Demande-moi, charmante, avec assurance, la grâce, que tu désires.
» Car toute faveur, que j’ai accordée avant ce jour, ne l’a jamais été en vain, fille au virginal sourire. » À ces mots, la grâce, quelle choisit, fut d’exhaler de tous ses membres le plus exquis des parfums.
Le brahme ne lui refusa pas le don, que son cœur avait désiré sur la terre et, grâce à cette faveur, il ne lui manqua plus rien des qualités, qui peuvent orner la personne des femmes.
Elle s’unit d’amour avec le rishi, qui faisait des œuvres si merveilleuses et, par ce dernier don, elle fut connue en toute la terre sous le nom de Gandhavatî, l’odoriférante.
Les hommes en respiraient le parfum sur la terre à un yodjana de distance, d’où lui vint son autre nom d’Yodjanagandhl.
Satyavatî, joyeuse d’avoir obtenu cette grâce, devint l’épouse de Parâçara et mit au monde un fils d’un accouchement subit au milieu d’un sacrifice et dans une île de l’Yamounâ : ce fut l’énergique Vyâsa. Celui-ci tourna son esprit vers la pénitence avec l’agrément de sa mère.
« Moi, quand on m’appellera, dit-il, je donnerai mes conseils dans les affaires. » Ainsi Dwaîpâyana naquit de Parâçara au sein de Satyavatî.
Parce qu’il avait reçu le jour, enfant nouveau-né, dans un dwîpa, c’est-à-dire, une île, on l’appela Dwaîpâyana. Comme il vit que dans chaque youga l’expression des lois, ce sont les vers, et que les mortels donnent à leur siècle et à leur âme l’empreinte de l’youga, il rédigea, vyâsa, les Védas par le désir de faire une chose utile à Brahma et aux brahmes, d’où lui vint son illustre nom de Vyâsa.
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