Kumbhakarna dans le Ramayana
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« Que Koumbhakarna d’un courage incomparable et qui a brisé l’orgueil des Dânavas et des Dieux soit réveillé du sommeil où il est plongé par la malédiction de Brahma ! Ce géant aux longs bras dépasse dans le combat tous les Rakshasas comme une cime de montagne : il aura tué bientôt les singes et les deux princes Daçarathides. »
À ces paroles du monarque, les Rakshasas de courir avec la plus grande hâte au palais de Koumbhakarna.
Mais, rejetés au dehors par le vent de sa respiration, ces robustes Démons ne purent même y rester. Quelle que fût leur puissante vigueur, le souffle seul du géant les repoussa hors du palais : enfin, avec de grands efforts et beaucoup de peine, les Yâtavas parvinrent à rentrer dans cette habitation charmante au pavé d’or. Là, ils virent alors couché, dormant, tout son aspect glaçant d’effroi et le poil dressé en l’air, cet horrible chef des Naîrritas, ce mangeur de chair, effrayant par ses ronflements, soufflant comme un boa, avec une tempête de respiration épouvantable, sortant d’une bouche aussi grande que la bouche même de l’enfer.
Alors, se plaçant à l’entour et se tenant l’un à l’autre fortement, ils s’approchent du géant, dont la vue semblait une montagne de noir collyre ; puis, ces guerriers intrépides entassent devant lui un amas d’aliments haut comme le Mérou et capable de rassasier sa faim complétement. Ils firent là des tas de gazelles, de buffles et de sangliers ; ils amoncelèrent une prodigieuse montagne de nourriture. Ensuite, ces ennemis des Dieux mirent devant Koumbhakarna des urnes de sang et différentes liqueurs spiritueuses. Ils oignirent d’un sandal précieux à l’odeur céleste, ils couvrirent le géant de riches habits, de guirlandes et de parfums aux senteurs les plus exquises. Enfin, ils répandent les émanations embaumées du plus suave encens autour de lui, ils entonnent des hymnes en l’honneur de Koumbhakarna, ils se mettent à réveiller de son lourd sommeil ce héros, immolateur des ennemis. Tels que des nuages orageux, les Yâtoudhânas font du bruit çà et là, ils secouent ses membres, et poussent des cris en même temps qu’ils frappent sur lui. Ils se fatiguent, mais ils ne peuvent le réveiller. Enfin ils tentent, pour le tirer du sommeil, un plus grand effort. Ils remplirent de leur souffle des trompettes reluisantes comme la lune, et, dans leur vive impatience, ils jetèrent tous à la fois des cris éclatants. Ils se frappaient les mains l’une contre l’autre ou les bras avec leurs mains, ils allaient et venaient de tous les côtés, soulevant pour le réveil de Koumbhakarna un bruit tumultueux. Ils battaient des chameaux, des ânes, des chevaux et des éléphants à grands coups de bâtons, de fouets et d’aiguillons : ils faisaient résonner de toutes leurs forces des tymbales, des conques et des tambours,membres du géant avec de grands marteaux, avec des maillets d’armes, avec des pattiças, avec des pilons même, levés autant qu’ils pouvaient. Les oiseaux tombaient tout d’un coup dans leur vol, étourdis par ce fracas de tymbales, de patahas, de conques, par ces cris de guerre, ces battements de mains et ces rugissements ; bruit confus, qui s’en allait courant par tous les points de l’espace et se dispersait au milieu du ciel.
Mais en vain ; tant de tumulte ne réveillait pas encore ce magnanime Démon.
Las de tous ces vains efforts, les noctivagues essayent d’un nouveau moyen : ils font venir de charmantes femmes aux colliers de pierreries éblouissants. Celles-ci étaient nées des Rakshasas ou des Nâgas, celles-là étaient les épouses des Gandharvas, celles-ci encore étaient les filles des hommes ou même des Kinnaras.
Entrées dans ce palais magnifique au pavé d’or pur, elles se tiennent devant Koumbhakarna, les unes chantant, les autres jouant divers instruments du musique. Et voici que, dans leurs folâtres ébats, ces dames célestes aux célestes parures, ces nymphes, embaumées d’un céleste encens et parfumées de senteurs célestes, remplissent des odeurs les plus suaves cette splendide habitation. Toutes avaient de grands yeux, toutes avaient le doux éclat de l’or, toutes possédaient les dons aimables de la beauté, toutes étaient parées de gracieux atours.
Réveillé par le gazouillement de leurs noûpouras, le ramage de leurs ceintures, le concert de leurs chants mariés au son de leurs instruments, leurs voix douces, leurs senteurs exquises et leurs divers attouchements, le géant crut n’avoir jamais goûté de plus délicieuses sensations. Le prince des noctivagues jette en l’air ses grands bras aussi hauts que des cimes de montagnes ; il ouvre sa bouche semblable à un volcan sous-marin, et bâille hideusement. Cet horrible spasme achève de réveiller ce Démon à la force sans mesure : il pousse un soupir, comme le vent qui souffle à la fin du monde. Ensuite le Démon réveillé, ayant fait rougir ses yeux, en les frottant, promena ses regards de tous les côtés et dit aux noctivagues : « Pour quelle raison vos excellences m’ont-elles réveillé dans mon sommeil ? Ne serait-il point arrivé quelque chose de fâcheux au monarque des Rakshasas ? En effet, on ne trouble pas dans le sommeil une personne de mon rang pour une faible cause. »
« Le roi souverain de tous les Rakshasas a bien envie de te voir. Veuille donc aller vers lui, répondent-ils ; fais ce plaisir à ton frère. »
Aussitôt qu’il eut ouï la parole envoyée par son maître, l’invincible Koumbhakarna : « Je le ferai ! » dit le géant à la grande vigueur, qui se leva de sa couche, et, joyeux, se lava le visage, prit un bain et revêtit ses plus riches parures. Ensuite il eut envie de boire et demanda au plus vite un breuvage, qui répand la force dans les veines. Soudain les noctivagues s’empressent d’apporter au géant, comme Râvana leur avait prescrit, des liqueurs spiritueuses et différentes sortes d’aliments pour la joie de son cœur. Le colosse affamé se jeta avidement, avec une bouche enflammée, avec des yeux ardents, sur la chair des buffles, sur les viandes de sangliers, sur les boissons préparées, et, non moins altéré, il but à longs traits du sang.
À l’aspect de cet éminent Rakshasa, tel qu’à le voir on eût dit une montagne, et qui semblait marcher dans les airs, comme jadis l’auguste Nârâyana lui-même ; à cet aspect du colosse, affreusement épouvantable, à la voix tonnante comme celle du nuage, à la langue flamboyante, aux longues dents aiguës et saillantes, aux grands bras, aux mains armées d’une lance et devant la vue duquel, inspirant la terreur, fuyaient tous les singes par les dix points de l’espace, Râma dit avec étonnement ces mots à Vibhîshana : « Dis-moi qui est ce colosse ? Est-il un Rakshasa ? Est-ce un Asoura ? Je ne vis jamais avant ce jour un être de cette espèce ? »
À cette demande que lui adressait le prince aux travaux infatigables, Vibhîshana répondit en ces termes au rejeton de Kakoutstha : « C’est le fils de Viçravas, le noctivague Koumbhakarna, qui a pu vaincre dans la guerre Yama et le roi des Immortels.
« Le vigoureux Koumbhakarna est fort de sa propre nature : la force des autres chefs Rakshasas vient des faveurs et des grâces qu’ils ont méritées du ciel ; mais la force de Koumbhakarna ne vient que de son corps, héros aux longs bras ; elle est innée en lui. Aussitôt sa naissance, ce magnanime, pressé déjà par la faim, mangea dix Apsaras, suivantes du puissant Indra. Par lui furent dévorés des êtres animés en bien grand nombre de milliers.
« Enfin, accompagné des créatures, Indra se rendit au séjour de l’Être-existant-par-lui-même, et fit connaître au vénérable aïeul de tous les êtres la méchanceté de Koumbhakarna : « La terre sera bientôt vide, s’il continue à dévorer sans relâche, comme il fait, tous les êtres animés ! » À ces paroles de Çakra, l’auguste père de tous les mondes manda vers lui Koumbhakarna et vit cet affreux géant. À l’aspect du colosse, le souverain maître des créatures fut saisi d’étonnement, et l’Être-existant-par-lui-même tint ce langage au vigoureux Koumbhakarna : « Assurément, c’est pour la destruction du monde, que tu fus engendré par le fils de Poulastya ; mais, puisque tu n’emploies tes soins et cette force, dont tu es doué, qu’à ravager le monde, désormais tu vas dormir, semblable à un mort ! »
« Aussitôt, vaincu par la malédiction de Brahma, le Rakshasa tombe, et s’endort !
« Quand il vit son frère étendu et plongé dans un profond sommeil, alors, agité par la plus vive émotion : « On ne jette pas à terre, dit Râvana, un arbre d’or, parce qu’il n’a point rapporté de fruits dans la saison. Souverain maître des créatures, il n’est pas séant que ton petit-fils dorme ainsi. L’auguste parole, dite par toi, ne peut l’être en vain : il dormira donc, ce n’est pas douteux ; mais fixe pour lui un temps alternatif de sommeil et de veille. » À ces mots de Râvana : « Eh bien ! répondit l’Être-existant-par-lui-même, il dormira six mois, et restera éveillé un seul jour. J’accorde toute la durée d’un jour à ce héros affamé pour se promener sur la terre, y faire des choses égales à lui-même et se pourvoir de nourriture. »
« C’est Râvana lui-même, qui maintenant, épouvanté de ta valeur et tombé dans l’adversité, fit sans doute réveiller Koumbhakarna. Ce héros vigoureux va sortir, crois-le bien ! et, dans sa violente colère aiguisée par la faim, il va dévorer les singes. »
Le prince des Rakshasas à la grande vigueur, mais encore plein de l’ivresse du sommeil, était arrivé dans la rue royale, environné de splendeur.
Il vit la charmante demeure du monarque des Rakshasas, vaste habitation ; revêtue d’une immense richesse et qui offrait l’aspect du soleil, père de la lumière. Il s’approche du palais, il entre dans l’enceinte, il voit son auguste frère assis, le cœur troublé, dans le char Poushpaka.
Alors le prince à la grande force, Koumbhakarna, d’embrasser les pieds de son frère, assis dans un palanquin. Mais Râvana se lève et, plein de joie, lui donne une accolade. Ensuite Koumbhakarna, embrassé et comblé par son frère des honneurs qu’exigeait l’étiquette, prit place sur un trône sublime et céleste. Quand le Démon à la grande vigueur se fut assis dans le siège, il adressa, les yeux rouges, avec colère, ces mots à Râvana :
« Pourquoi, sire, m’as-tu fait réveiller sans aucun égard ? Dis-moi d’où te vient cette crainte ? À qui dois-je maintenant donner la mort ? Ce danger te vient-il du roi des Dieux, sire, ou du monarque des eaux ? »
« Noctivague, mon frère, il y avait bien longtemps, répondit l’autre, que durait le sommeil, dont nous t’avons retiré aujourd’hui. Tu n’as donc pu connaître, plongé dans ce doux repos, en quelle infortune m’a jeté Râma. Jamais, ni les Gandharvas, ni les Daîtyas, les Asouras ou même les Dieux ne m’ont fait courir un péril égal au danger qui me vient de cet homme.
« Tu n’as pu savoir comment Sîtâ fut jadis enlevée par moi. Râma, que ce rapt consume de colère et de chagrin, nous a précipités dans ces horribles transes. Accompagné de Sougrîva, ce vigoureux Daçarathide a franchi la mer, et maintenant il coupe sans pitié les racines de notre existence. Vois, hélas ! aux portes mêmes de Lankâ nos bosquets d’agrément, que les singes, arrivés par une chaussée inouïe, revêtent d’une couleur tannée. Ils ont tué dans la guerre mes Rakshasas les plus éminents.
« Sors donc, armé de ta lance et ton lasso à la main, comme la Mort !
« Guerrier à la vigueur infinie, qu’aujourd’hui, rendu au bonheur, tout mon peuple, défendu par la vitesse et la force de ton bras, soit affranchi de ce péril extrême : immole, ennemi des Dieux, Râma et toute son armée ! »
Dès qu’il eut ouï ce discours, Koumbhakarna lui répondit en ces termes : « C’est assez t’abandonner aux soucis, tigre des Rakshasas ! dépose ton chagrin et ta colère, veuille bien être calme. J’immolerai celui qui est la cause de tes chagrins.
« Aujourd’hui, guerrier aux longs bras, sois dans la joie et Sîtâ dans la douleur, en voyant la tête de Râma, que je vais te rapporter du combat !
« Amuse-toi, selon tes fantaisies, bois des liqueurs spiritueuses, vaque à tes affaires, chasse de toi le souci : aujourd’hui que son époux sera plongé dans l’empire de la Mort, Sîtâ va pour longtemps devenir ton esclave ! »
Le colosse saisit rapidement sa lance aiguë, exterminatrice des ennemis ; arme épouvantable, flamboyante, toute de fer, pareille à la foudre du puissantIndra et d’un poids à l’équipollent du tonnerre. Quand il eut pris cette lance, ornée d’un or épuré, teinte du sang des ennemis, émoulue, qui avait mainte fois brisé l’orgueil des Dânavas et des Dieux, arraché à la vie des Yakshas et des Gandharvas, Koumbhakarna à la grande splendeur tint ce langage à Râvana : « J’irai seul, moi-même ! Que ton armée reste ici ! »
Son cocher à l’instant de lui amener son char céleste, attelé de cent ânes et sur lequel flottaient des drapeaux de guerre ; vaste char, semblable au sommet du mont Kêlâsa, monté sur huit roues, bruyant comme les grands nuages et long de cinq stades.
Inondé par des pluies de fleurs, le front abrité d’une ombrelle, une pique émoulue à sa main, ivre du sang dont il s’était gorgé, et dans la fureur de l’ivresse, tel sortait le plus terrible combattant des Yâtavas.
Grand, terrible, large de cent arcs, haut de six cents brasses, les yeux comme les roues d’un char, il ressemblait au sommet d’une montagne.
« Au reste, la racine des maux de Lankâ, c’est l’aîné des Raghouides avec Lakshmana ; lui mort, tout est mort, se disait-il : je vais donc le tuer dans cette bataille. »
Tandis que le Rakshasa Koumbhakarna s’avançait, des prodiges d’un aspect sinistre se manifestaient de tous les côtés.
Des chacals aux formes horribles glapirent et leurs gueules jetèrent des bouffées de flammes ; les oiseaux annoncèrent des augures sinistres. Un vautour s’abattit sur le char du héros en marche pour le combat ; son œil gauche tressaillit et son bras gauche trembla. Son pied frémit, son poil se hérissa, sa voix même changea de nature au moment qu’il entra sur le champ de bataille. Un météore igné tomba flamboyant du ciel avec un fracas épouvantable, la clarté du soleil fut éclipsée et le vent fut sans haleine.
Mais, sans tenir compte de ces grands signes, qui tous se levaient pour annoncer la fin de sa vie, Koumbhakarna sortit, l’âme égarée par la puissance de la mort.
Aussitôt que le vigoureux colosse eut passé le seuil de la cité, il poussa une clameur immense, qui fit résonner tout l’Océan, produisit au milieu des airs l’effet d’un ouragan impétueux et fit trembler, pour ainsi dire, les montagnes. Dès qu’ils virent s’avancer le monstre aux yeux épouvantables, que n’auraient pu tuer Yama, Maghavat et Varouna, tous les singes de courir çà et là.
À la vue de Gavâksha, de Çarabha, de Nîla et du robuste Koumouda, qui s’enfuyaient, oublieux de leur vaillance, de leurs familles et d’eux -mêmes, le fils de Bâli, Angada, leur jeta ces paroles : « Où allez-vous, tremblants comme des singes vulgaires ? Vous courez là ? Revenez ! Quoi ! vous croyez sauver ainsi votre vie ? Mais où irez-vous, chefs des singes, que la mort n’y soit pour vous ? Puisque la mort est une nécessité, ce qui va le mieux à des gens tels que vous, c’est de mourir en combattant. »
Rassurés avec peine et s’appuyant l’un sur l’autre, les singes restent enfin de pied ferme sur le front de la bataille, tenant à leurs mains des rochers et des arbres. Revenus sur leurs pas, les sylvicoles guerriers, bouillants d’ardeur, comme des éléphants pleins d’ivresse, se mettent à frapper dans une extrême fureur Koumbhakarna de tous les côtés ; mais en vain le frappait-on avec des rochers, avec des sommets élevés de montagnes, avec des arbres aux cimes fleuries, il n’en était pas ébranlé.
Irrité, Koumbhakarna de broyer dans un souverain effort les armées des singes vigoureux, comme un feu allumé dévore les forêts.
Enfin, battus par le terrible Démon, les singes tremblants se sauvent dans la route même par laquelle tous ils avaient traversé la mer. Traversant d’un bond ce large détroit, courant en avant, le visage consterné d’épouvante, ils ne s’arrêtaient pas à regarder ces lieux profonds. Les uns franchissent la mer, les autres s’envolent dans les cieux ; il en est qui grimpent sur les arbres ; il en est qui plongent dans l’Océan. Ceux-ci de gravir sur les montagnes, ceux-là de se réfugier dans les cavernes ; en voici qui tombent ; en voilà qui ne se tiennent plus en bon ordre. Voyant les simiens rompus ; « Arrêtez, singes ! leur crie Angada ; combattons ! Que vous sert-il de fuir ?
« Si nous sauvons nos vies par la fuite, rompus en si grand nombre sous le bras d’un seul, notre renommée dans la guerre est à jamais perdue ! »
Aussitôt neuf généraux des armées quadrumanes, tenant levées de pesantes roches, courent sur le géant à la grande vigueur. Mais, rompus par le corps du géant, les rochers, pareils à des montagnes, ne broyent sous leur chute que son drapeau, son char, ses ânes et son cocher. Le héros en toute hâte se jette à bas du char, tenant levée sa lance, et s’envole rapidement au milieu des airs, tel qu’une montagne ailée.
Il se promenait dans les armées des singes, foulant aux pieds les guerriers, comme un vigoureux éléphant, ses tempes baignées par une sueur de rut, brise de ses piétinements une forêt de roseaux.
En ce moment du combat, Nîla de lancer une cime de montagne à Koumbhakarna ; mais celui-ci voit arriver cette masse et la frappe de son poing. Sous l’atteinte de ce vigoureux coup, le sommet de montagne se brisa et tomba sur la face de la terre, en semant des étincelles et dispersant des flammes.
On vit alors des milliers de simiens se précipiter à la fois contre le géant ; et, grimpant sur Koumbhakarna, ils escaladèrent le colosse, tels qu’on eût cru voir des collines s’élever sur une montagne.
Le vigoureux Démon, entraînant tous les simiens entre ses bras, se mit à les dévorer dans sa fureur, comme Garouda mange les serpents. Mais les singes, que le monstre jetait dans sa bouche, aussi grande que les enfers, trouvaient le moyen d’en sortir, ceux-ci par ses oreilles, ceux-là par ses fosses nasales.
Ceux-ci, fuyant la mort, courent s’abriter sous la protection de Râma, qui s’élance et prend son arc, cette perle des arcs.
Près d’en venir aux mains, il dit alors au colosse, tel qu’une montagne ou pareil à un nuage, chassé par le vent : « Avance près de moi, seigneur des Rakshasas ! Me voici de pied ferme, mon arc et ma flèche dans les mains. Sache que je suis la mort venue ici pour toi : dans un moment, scélérat, tu vas exhaler ta vie ! »
« C’est Râma ! » se dit Koumbhakarna à la grande splendeur. Il poussa en même temps un bruyant éclat de rire, qui brisa, pour ainsi dire, les cœurs de tous les quadrumanes hôtes des bois ; et, quand il a ri d’une manière difforme, épouvantable, pareille au tonnerre des nuages, il tient ce langage au Raghouide :
« Vois ce maillet d’armes que je porte, solide, épouvantable, tout en fer ! avec lui, j’ai vaincu jadis les Dieux et les Dânavas. Montre-moi, tigre d’Ikshwâkou, cette vigueur agile de laquelle est doué ton corps ; ensuite, quand j’aurai vu ta force et ton courage, je ferai de toi mon festin. »
À ces mots, Râma lui décocha des flèches bien empennées ; mais, atteint dans le combat par ces traits d’une vitesse égale à celle du tonnerre, le colosse n’en fut aucunement ému.
Cet ennemi du grand Indra but des pores, en quelque sorte, ces flèches, comme des gouttes d’eau, et, brandissant son maillet d’armes, il en opposa la terrible fougue à l’impétuosité des projectiles du vaillant Raghouide.
Mais Râma dans ce combat déploie soudain un arc céleste et plonge des flèches invincibles dans le cœur de Koumbhakarna. De la bouche du colosse en fureur, blessé par le Daçarathide et fondant sur lui rapidement, il sortit un mélange de flammes et de charbons.
Dans son trouble, l’arme effroyable tomba de sa main sur la terre ; et, quand il vit son bras désarmé, le géant à la grande vigueur se mit à faire un immense carnage à coups de pieds, à coups de poings. Le corps tout blessé par les flèches, baigné du sang qui ruisselait de ses membres comme les torrents d’une montagne, Koumbhakarna, inondé à la fois de sang et d’une colère bouillante, parcourut les armées, dévorant tout sans distinction, quadrumanes ou Rakshasas.
Râma, défiant son ennemi, décocha au noctivague la grande flèche-du-vent et lui enleva du coup le bras, qui tomba au milieu des armées quadrumanes et frappa dans ses convulsions les bataillons des singes.
Tel qu’une haute montagne, à qui la foudre coupa une aile, Koumbhakarna, que cette flèche avait dépouillé de son bras, déracine un shorée de l’autre main et fond avec cet arbre sur l’Indra même des hommes. Mais soudain, celui-ci, associant à la flèche d’Indra un dard pareil à l’éclair et au tonnerre, de lui trancher ce bras, que le géant élevait, armé de son énorme shorée. Ce bras coupé de Koumbhakarna, tombant comme un serpent échappé aux serres de Garouda, se débattit sur le sol et frappa les rochers, les arbres, les Rakshasas et les singes.
Néanmoins le Rakshasa, poussant des cris, accourait avec la même furie, quoiqu’il fût sans bras : à cette vue, Râma saisit deux flèches émoulues en demi-lunes et lui trancha les deux pieds dans cette nouvelle phase du combat. Alors, ouvrant sa bouche semblable au volcan sous-marin, le Démon vociférant, les bras coupés et les jambes mutilées, s’avançait encore impétueusement vers le Raghouide : tel Râhou, dans les cieux, quand il veut dévorer la lune. Râma aussitôt de lui remplir sa gueule de flèches à la pointe aiguë, à l’empennure vêtue d’or ; et le monstre, sa bouche pleine de traits, ne pouvant parler, râlait à grand’peine des sons inarticulés ; il perdit même la connaissance.
Râma choisit un autre dard céleste, d’une éternelle durée, que les Dieux et même Indra vénéraient comme le second sceptre de la Mort. Il envoya au noctivague cette arme à l’empennure variée d’or et de diamants, ce projectile d’un éclat pareil aux flammes ou aux rayons allumés du soleil, ce trait d’une vitesse égale à celle de l’éclair et du tonnerre déchaînés par le grand Indra.
Soudain le trait coupe au roi des Yâtavas sa tête pareille au sommet d’une montagne, ce chef à la bouche armée de ses longues dents arrondies, au cou paré de son beau et resplendissant collier : tel Indra jadis abattit la tête de Vritra. Le Démon poussa un effroyable cri et tomba mort : son grand corps écrasa deux milliers de singes. La chute du géant sur la terre fit trembler tous les remparts et les portiques de Lankâ ; la grande mer elle -même en fut agitée.
Alors, pleins d’allégresse et le visage riant comme des lotus épanouis, les singes d’honorer en foule cet heureux et bien-aimé Raghouide, qui avait tué de sa main leur ennemi noctivague d’une force épouvantable. Alors les Maharshis, les Gouhyakas, les Dieux et les Asouras, les Bhoûtas, les Pannagas et Garouda même, les Yakshas, les Gandharvas, les Daîtyas, les Dânavas et les Dieux-rishis, tous de célébrer dans la joie cette valeur insigne du noble Râma.
À la nouvelle que le rejeton magnanime de Raghou avait tué Koumbhakarna, les Yâtavas se hâtent d’en porter la connaissance aux oreilles du monarque des Rakshasas. Apprenant que ce géant à la grande force avait perdu la vie dans la bataille, Râvana, consumé de chagrin, s’évanouit et tomba.
Extrait copié de Râmâyana sur Wikisource
Points mentionnant l'article
Le Père explique: La mort est maintenant au-dessus de la tête de tout le monde. Pendant que vous dites "aujourd’hui (aaj), demain (kal)", la mort (kaal) vous avalera. Vous êtes comme Kumbhakarna.
Le Nouveau Monde est appelé le Nouvel Âge ou l’âge d’or. Il s’agit de l’âge de fer, du vieux monde. Ils dorment tous dans le sommeil du Kumbhakarna ; Baba vient pour les éveiller. Maya a endormi tout le monde dans la nuit profonde de l’ignorance. Le Père dit maintenant: Les enfants, éveillez-vous du sommeil du Kumbhakarna. C’est maintenant la fin de ce vieux monde, la mort est juste devant. La nuit se termine et le jour va arriver. Par conséquent, éveillez-vous. Vous comprenez que Baba est venu. Nous dormions également dans l’obscurité extrême. Baba est là pour changer la nuit en jour. Baba dit: Je suis venu apporter le jour, c’est-à-dire le Nouvel Âge, pour vous.