Le vijnâna qui vient après le samâdhi

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1373. - Le saint qui redescend du samâdhi à un plan spirituel inférieur recouvre, de par la volonté de ma Mère, son ego différencié (aham), atténué et purifié.

Retrouvant ainsi son ego, le saint est replongé dans le monde de la relativité. Tant que pour lui son ego est réel (relativement), le monde est réel aussi, et l'Absolu est irréel (relativement).

Avec l'ego différencié qui lui a été restitué, il perçoit le cosmos (Mâyâ) comme réel. Mais son ego ayant été purifié par la vision divine, il voit les phénomènes de l'univers comme des manifestations de l'Absolu à nos sens. Il voit également le cosmos comme vidyâ ou comme avidyâ.

1374. - Le vijnânin est celui qui a dans le samâdhi réalisé Dieu à la fois comme Dieu personnel et comme l’Impersonnel ou Indifférencié.

Les vijnânins ont réalisé que l’Absolu ou Inconditionné est ce qui cause, comme Énergie divine première, cette différenciation (bheda) en Dieu et cosmos, en âme et univers. Ils ont vu Dieu à la fois intérieurement et extérieurement, et ils ont reçu cette révélation directement de Lui. Le Dieu personnel leur a dit : « Je suis l’Absolu (nirguna-Brahman) des Upanishads, réalisé dans le samâdhi. J’ai causé cette différenciation. Je suis l’origine des vingt-quatre catégories (tattvas), de l’âme humaine et du monde. »

Le Dieu personnel, créateur, conservateur, destructeur et cause de cette différenciation, S’est manifesté sous diverses formes aux bhaktas qui cherchent uniquement le Dieu personnel (Ishvara), ainsi qu’aux vijnânins, en tant que Personne douée des trois gunas. Le sattva-guna de la Personne divine conserve, son rajas crée et son tarnas détruit. Ces trois qualités résident dans la Personne divine, mais Elle n’est pas en elles ; Elle est sans aucun attachement.

Ainsi le vijnânin, avec son âme, son ego purifié, a vu Dieu, le côté personnel de l'Absolu, aussi bien que le côté impersonnel. Il a entendu Sa voix à la fois intérieurement et extérieurement. Mieux encore, il Lui a parlé. Il L’a servi comme père, comme mère, comme fils, comme époux, comme serviteur, comme frère, etc. Selon le témoignage de ces vijnânins, de ces hommes parfaits, le cosmos (Mâyâ) n’est pas une illusion, mais la manifestation de l’ego différencié, mais purifié, de l’Être réel en tant que Personne qui a créé (ou de Laquelle ont émané) l’âme humaine et l’âme de tous les êtres créés ainsi que l’univers.

Ce témoignage est infaillible parce qu’il a pour base une Révélation.

Le Seigneur S’est révélé aux rishis comme à la fois personnel et impersonnel. De telles Révélations se produisent de temps à autre pour le salut de l’humanité et pour la joie des adorateurs.

1375. - Jnâna est la réalisation de 1’Atman par l’élimination de tous les phénomènes. Cela s’accomplit par un discernement progressif qui vous amène au samâdhi et à la réalisation de l’Atman.

Vijnâna, c’est la connaissance dans son entière plénitude. II est des hommes qui ont entendu parler du lait, d’autres qui l’ont vu, d’autres enfin qui l’ont goûté. Celui qui en a seulement entendu parler est un ignorant. Celui qui l’a vu est le jnânin. Mais seul celui qui l’a goûté a atteint vijnâna, c’est-à-dire l’a connu pleinement. Voir Dieu et entretenir avec Lui des relations comme avec son parent le plus proche, voilà ce qu’on appelle vijnâna. Pour y arriver, il faut d’abord suivre le chemin négatif de neti, neti, « pas ceci, pas ceci ». Il n’est pas les cinq éléments. Il n’est ni les sens, ni l’esprit, ni l’intelligence, ni l’ego. Il est au-delà de toutes catégories. Pour arriver sur la terrasse de la maison, vous laissez derrière vous, une à une, toutes les marches de l’escalier. Sans doute les marches ne sont pas la terrasse, mais quand vous arrivez en haut, vous découvrez que cette terrasse est faite des mêmes briques, de la même chaux, du même mortier, du même sable que l’escalier.

Celui qui est le suprême Brahman est le même que celui qui est devenu le jiua-jagat, les vingt-quatre catégories (tattvas) des philosophes. Ce qui est l’Atman est devenu les cinq éléments. Vous pouvez vous demander pourquoi la terre est si dure, puisqu’elle est sortie de i’Atman. Tout est possible à la volonté de Dieu. La chair et les os ne viennent-ils pas du sang et de la semence ? L’écume de l’océan peut devenir très dure

L’homme qui est parvenu à vijnâna peut encore continuer à vivre dans le monde. Car alors il perçoit clairement que Dieu est Lui-même devenu le monde des êtres vivants et des substances non-vivantes, qu’Il n’est pas en dehors du monde, Lorsque Râmachandra, parvenu à jnâna, refusa de rester dans le monde, Dasharatha lui envoya Vasishtha pour l’instruire. Vasishtha dit à Râmachandra : « Râma, si le monde est en dehors de Dieu, tu peux y renoncer. » Et Râmachandra ne répondit rien, car il savait fort bien que rien n’existe en dehors de Dieu.

1376. - Tout le monde ne peut pas réaliser l’Absolu. Mais celui qui, après avoir réalisé Dieu comme Absolu, reste sur le plan du relatif pour jouir de la divine Lilâ, celui-là a une dévotion parfaite. C’est seulement si vous avez rendu visite à la Reine d‘Angleterre que vous pouvez exactement décrire ses attitudes et sa façon d’agir. Bharadvâta et d‘autres rishis priaient ainsi Râma : « En vérité, ô Râma, tu es le Brahman absolu qui S’est incarné devant nous sous forme humaine. Et Tu apparais sous cette forme parce que Tu T’es enveloppé dans le nuage de Ta Mâyâ. » Ces rishis étaient entièrement dévoués à Râma ; leur dévotion était parfaite.

1377. - Celui qui a réalisé le Seigneur voit qu’Il Se manifeste en toutes choses; Il Se révèle surtout en l’homme, et plus particulièrement dans les âmes qui se sont spontanément fixées sur Dieu et détournées des petites choses de ce monde, « de la femme et de l’or ».

1378. - Celui qui n’a pas réalisé Dieu s’imagine forcément, dans son ignorance, que le corps et l’âme sont pareils. Mais celui qui a réalisé le Seigneur comprend clairement que l’âme et le corps sont deux choses dissemblables.

1379. - Ceux qui sont simplement jnânins sont timides de nature, comme les novices au jeu de dés qui ne pensent qu’à faire avancer leurs pions jusqu’à la case centrale. Mais le vijnânin n’a peur de rien. Il a réalisé les aspects personnel et impersonnel de Dieu. Il a parlé avec Dieu et il a goûté la Béatitude divine. Il est heureux s’il peut, par sa pensée constante de Dieu, plonger son esprit dans l’Absolu. Mais il est heureux aussi quand son esprit en reste dégagé et s’occupe du monde des phénomènes.

1380. - Le jnânin qui n’est que jnânin est monotone. Il analyse toujours « pas ceci, pas cela », « tout ceci n’est qu’un rêve ». Moi j’accepte à la fois l’Absolu et le phénomène.

1381. - Lorsqu’on a réalisé Dieu et atteint le samâdhi, on n’éprouve plus la nécessité de la discrimination et de la connaissance (jnâna-vichâra). Jnâna-vichâra n’est possible que tant que l’on perçoit la multiplicité, que l’on a conscience de « je », de « toi », du monde, des jîvas, etc. Quand se révèle la vraie connaissance de l’unité absolue, l’homme connaît une paix parfaite. C’était le cas de Tailanga Swâmi.

1382. - Shi Râmakrishna. - Représentez-vous dix urnes pleines d’eau, dans lesquelles le soleil se reflète. Combien verrez-vous de soleils ?
Un disciple. - Dix soleils reflétés et naturellement, en plus, le vrai soleil.
Shrî Râmakrishna. - Et si l’une des urnes est brisée, combien verrez-vous de soleils ?
Le disciple. - Neuf, plus le vrai soleil.
Shrî Râmakrishna. - Supposez maintenant que neuf des urnes soient renversées, combien de soleils verrez-vous alors ?
Le disciple. - Un soleil reflété et le vrai soleil.
Shri Râmakrishna (à Girish). - Et que restera-t-il si la dernière urne est renversée ?
Girish. - Le soleil lui-même.
Shri Râmakrishna. - Non, nous ne pouvons exprimer par des mots ce qui demeure, ce qui reste. S‘il n’y a pas un soleil reflété, comment pouvez-vous savoir que le vrai soleil existe ? Dans le samâdhi, l’égoïsme est détruit. Un homme qui redescend du samâdhi à un plan inférieur de la conscience, ne peut exprimer ses expériences par des mots.

1383. - Quand l’esprit de Kacha, fils de Brihaspati, le prêtre des dieux, revint au monde des sens après une parfaite extase (nirvikalpa-samâdhi), les rishis lui demandèrent : « Comment vous sentez-vous maintenant ? » Kacha répondit : « Je sens que dans tout, Dieu est immanent. Je ne vois rien d’autre que Lui. C’est Lui qui est devenu toutes choses. Je ne sais plus quoi accepter (comme réel) et quoi rejeter (comme irréel). »

1384. - La vision de Dieu ne peut être décrite avec clarté. On peut cependant expliquer jusqu’à un certain point ce qui se rapporte à cet état.

Vous avez sans doute observé qu’au théâtre, avant l’ouverture du spectacle, le public parle de sujets variés : politique, famille, affaires officielles. Soudain le rideau se lève et laisse voir les acteurs et les décors : montagnes, cottages, rivières, etc. Instantanément, tout bruit s’arrête, les conversations cessent et chaque spectateur donne son attention complète à la scène nouvelle qui se joue devant lui.

Celui qui a reçu la bénédiction de la Vision divine est dans un état quelque peu semblable à celui des spectateurs.

1385. - Il est difficile à un homme qui revient directement du samâdhi où il a vu Dieu, d’attacher son esprit aux mesquineries d’ici-bas. II ne s’intéresse plus à rien dans ce monde des phénomènes. Il recherche la compagnie des âmes pures, non touchées par le monde et les joies qu’il procure : argent, honneurs, titres, pouvoir, plaisir des sens.

1386. - Comme dans la musique les notes montent graduellement du point le plus bas au point le plus élevé, puis redescendent en ordre inverse, de même après avoir éprouvé la non-dualité dans le samâdhi, on redescend à un plan inférieur pour y vivre avec la conscience de l’ego. On n’atteint le cœur du bananier qu’après l’avoir dépouillé de ses enveloppes les unes après les autres, et seulement alors on trouve la partie essentielle. Mais ensuite, on doit se dire que ces enveloppes font aussi partie de la plante et qu’il faut les deux choses pour faire un tronc complet.

1387. - A présent je vois que tout ce qui est est Dieu. C’est Lui qui est devenu toute chose. Il y a une phase où le mental et la buddhi sont perdus dans l’Absolu, qui ne peut être conçu comme étant composé de parties.

A la fin du samâdhi, je dois descendre de deux tons au moins au-dessous de la plus haute note de la gamme avant de pouvoir articuler un mot. Le Védânta a été expliqué par Shankara. Le vishishtâdvaïta (monisme mitigé) de Râmânuja voit les choses sous un autre angle.

1388. - Le vishishtâdvaïta-vâda établit que l’Absolu (Brahman) ne doit pas être considéré comme distinct du monde (jagat) et de l’âme (jîva). Les trois, assemblés, font un, trois en un et un en trois. Prenons le fruit du bel et séparons l’écorce des graines et de la chair. Puis supposons qu’on veuille savoir le poids de ce fruit ; évidemment il ne suffirait pas de peser la graine seule. Pour en connaître le poids exact, il faut peser l’écorce, graines et chair. Évidemment nous nous disons d’abord que la chose la plus importante, c’est la graine. Ensuite, nous réfléchissons que la graine et l’écorce sont tirées de la même substance que la chair. Dans la première phase de ce raisonnement, nous disons : « Pas cela, pas cela. » De même l’Absolu n’est pas âme (pas âme limitée et individuelle). Et il n’est pas non plus le monde. L’Absolu est la seule Réalité, tout le reste est irréel. A ce moment-là nous allons un peu plus loin. Nous voyons que chair, graines et écorce sont de la même substance. De même, la substance dont nous tirons notre conception négative de l’Absolu est identique à celle dont nous tirons notre conception du monde des phénomènes et de l’âme limitée. il faut faire remonter le relatif (lîlâ) jusqu’au même Être auquel on fait remonter l’Absolu (nitya). Par conséquent, comme le dit Râmânuja, l’Absolu est déterminé par l’âme limitée et le monde des phénomènes. Voilà la doctrine du vishishtâduaita.

1389. - Lorsqu’on étudie un fruit de bel, on l’analyse et l’on trouve qu’il se compose d’une écorce, de graines et de pulpe. Qu’est-ce qui constitue vraiment le fruit ? On rejette d’abord l’écorce comme non essentielle, puis on en fait autant des graines. Finalement on envisage séparément la pulpe et on la considère comme constituant seule le véritable fruit. Ensuite cependant vient une arrière-pensée. On se dit que le même fruit, qui comprend la pulpe, comprend aussi l’écorce et les graines. C’est l’ensemble qui constitue le fruit.

De même, lorsque nous avons perçu directement Dieu dans Son aspect sans prédicats, nous comprenons que la même Divinité qui est éternelle par nature a revêtu pour S’amuser la forme du monde.

1390. - Shi Râmakrishna demanda un jour à Narendra quel était son idéal de vie. « Rester absorbé en samâdhi, répliqua Narendra. - Quelle mesquinerie ! dit le Maitre, va au-delà du samâdhi, qui n’est pour toi qu’une bagatelle. »

1391. - En une autre occasion, Shi Râmakrishna posa à Narendra la même question et reçut la même réponse. Le Maître remarqua alors : « Je te croyais plus sage ! Comment peux-tu bien te contenter d’un idéal si limité ? Ce qui fait ma force, c’est de rejeter les limitations. Par exemple, j’aurais du plaisir à manger du poisson préparé de façons très diverses frit, bouilli, en soupe, avec des condiments, etc. Je jouis du Seigneur, non seulement dans Son unité inconditionnée, comme Brahman sans attribut, en samâdhi, mais aussi dans Ses manifestations variées, dans la douceur des relations humaines. Sois semblable à moi, jnânin et bhakta tout ensemble. »

1392. - Bhâva et bhakti ne sont pas la fin.

Copié de archive.org : L'enseignement de Ramakrishna

Points mentionnant l'article

lundi 15 juillet 2019

Cette connaissance ne se trouve dans aucun livre que l’on pourrait étudier. Il existe le nom: Gyan Vigyan Bhawan, mais ils ne savent pas pourquoi on lui a donné ce nom, ni quelle en est la signification. Il existe une grande louange pour gyan vigyan. Gyan signifie la connaissance du cycle du monde dont vous vous imprégnez maintenant. Vigyan signifie la terre du silence. Vous allez même au-delà du niveau de gyan.
Dieu possède à la fois gyan et vigyan. Une personne rendra les autres comme elle, à partir de ce qu’elle est. C’est un sujet très subtil. Vigyan est plus subtil que gyan. Vous devez même aller au-delà de gyan. La connaissance est brute ; on l’enseigne par le son (le bruit). Vigyan – par lequel vous allez au-delà du son pour entrer dans le silence – est subtil.

mercredi 18 août 2021

Les gens croient que sans la connaissance, il ne peut y avoir de salut. Qui peut donner la connaissance ? Voyez la différence qu'il y a entre le chemin de la connaissance et celui de l'ignorance ! Ils parlent aussi de la science (vigyan). L'ignorance est l'obscurité. On peut dire que la connaissance (gyan) et la science (vigyan) sont la libération et la libération dans la vie. Vous êtes en train de recevoir la connaissance afin de devenir purs.

jeudi 17 février 2022

Gyan signifie connaissance, libération dans la vie et vigyan signifie libération. Le yoga est appelé vigyan. Vous recevez la libération à travers vigyan et la libération dans la vie à travers gyan. Vous devez expliquer gyan et vigyan.
De même que nous écrivons que ceci est la vraie Gita, vous devriez écrire: Ceci est le Vrai Gyan Vigyan Bhavan. Baba donne des directives afin que vous placiez un panneau avec le nom, le Vrai Gyan Vigyan Bhavan, Pandav Bhavan, afin que ce soit clair. Puis écrivez également : Venez comprendre comment devenir toujours riches grâce à gyan, la connaissance, et toujours en bonne santé à travers vigyan, le yoga.